Soumis par Xavier de Lauzanne le lun, 23/08/2010 - 15:16
Il
est temps maintenant de faire le bilan de la distribution de D'Une Seule Voix.
Le film a effectué une très belle course qui l'a mené aux quatrecoins de la France. Plus de 40 000
personnes ont été le voir ce qui est un excellent score pour un documentaire,
et qui plus est, pour un film qui n'a pas été très médiatisé. J'ai eu des
critiques positives, négatives, j'ai été déçu par certaines réactions,
agréablement surpris et touché par d'autres, j'ai essayé de m'expliquer sur des
convictions que je défend à travers ce film dans un contexte géopolitique et
idéologique complexe et dramatique, j'ai essayé de me nourrir des opinions
contraires exprimées avec pertinence, j'ai été blessé par d'autres beaucoup
plus cyniques et naïves, je me suis habitué à parler en public en dépassant mes
appréhensions qui ont toujours été pour moi un handicap, j'ai découvert la
France des cinémas et sa fabuleuse diversité… Bref, j'ai été heureux de vivre
cette aventure, certainement fondatrice dans mon parcours.
La
vie du film va être encore longue avec des projections régulières programmées
par des institutions, des associations, des cinémas… le film étant universel et
intemporel dans les idées qu'il véhicule. C'est un très beau constat.
Je
dois tout ce succès principalement aux équipes d'Aloest Productions et d'Aloest
Distribution qui ont imaginé et mis en place des stratégies pour faire exister
le film en dehors des circuits commerciaux habituels. Ce fût un travail
complexe et particulièrement intense qui a été fait dans une atmosphère que je
souhaite à tout Producteur et Réalisateur. Je dois aussi l'associer à un
phénomène qui tient une place primordiale dans l'exploitation d'un film : le
bouche-à-oreille. Et à ce sujet, je remercie le plus chaleureusement possible
tous ceux qui ont fait circuler l'information d'une manière ou d'une autre. Je
pense bien sûr à ceux qui ont transféré l'annonce du film par mail, ce qui
n'est pas une évidence si on considère le nombre de sollicitations que nous
recevons quotidiennement sur nos boîtes mails ! J'ai donc été touché de
constater qu'un nombre incroyable de personnes faisait quand même circuler les
informations. Je pense à ceux qui ce sont déclarés "Ambassadeurs" et
qui sont allés au devant des spectateurs pour promouvoir le film, remplir les
salles et organiser des projections-débats. Je pense aussi tout simplement à
ceux qui ont aimé le film et qui en ont parlé autour d'eux.
Enfin,
je voudrais remercier ceux grâce auxquels, en tant que Réalisateur et Producteur,
nous pouvons encore croire qu'il est possible de "capitaliser" sur
son indépendance : les exploitants de cinéma. La possibilité qu'un film comme D'Une Seule Voix puisse être vu dépend essentiellement de ces
amoureux de cinéma, qui, dans les salles art et essai principalement mais aussi
dans certains complexes, parient sur des films plus confidentiels. On peut
avoir de sérieux doutes aujourd'hui sur l'avenir de la télévision… La place
qu'elle laisse dorénavant aux auteurs s'apparente à un brin de paille. La
télévision est en plein déclin car elle banni aujourd'hui les principales notions qui peuvent faire d'elle une entreprise humaine digne d'intérêt : la prise de risque
et la liberté du regard. Face à ce constat d'échec, "D'une seule voix" me laisse présager, certes avec un
peu d'optimisme, un avenir meilleur pour le cinéma. Car le cinéma est
actuellement le seul espace de liberté qui existe encore pour ce genre de film
: une majorité d'exploitants sont des passionnés, " à peu près " libres
de choisir les films qu'ils mettent sur leurs écrans. Il faut donc préserver à
tout prix cette indépendance qui, avec l'avènement du numérique, ne demandera
qu'à évoluer vers une dimension plus large, plus diverse, plus complète.
D'autre
part, j'ai constaté à travers cette expérience, que nous sommes dans une époque
de transition dans laquelle toutes les habitudes de travail liées à la
production et à la distribution d'un film sont à remettre en cause. Que ce soit
pour les supports de diffusion, les techniques de distribution ou les moyens de
communication, nous évoluons sur un sol mouvant où tout change vite et nous
oblige, en tant que structure, a être protéiforme. Toutes les difficultés que
nous avons eues pour fabriquer et distribuer ce film nous ont contraints à
développer notre imaginaire et à développer de nouvelles façons de procéder.
C'est pour cette raison que, fort de cette expérience valorisante, nous avons
décidé de développer notre unité de distribution (Aloest Distribution) en nous investissant
sur d'autres films que les miens. C'est dans cette optique que nous allons
sortir au cinéma très prochainement deux autres films documentaires : BASSIDJI (www.bassidji-lefilm.com) un
film de Mehran Tamadon - le 20 octobre 2010 et LOS HEREDEROS de Eugenio
Polgovsky, en Février 2011.
Je
voudrais aussi revenir sur toutes les rencontres que nous avons pu faire, avec
Jean-Yves Labat de Rossi - le personnage principal du film et François-Hugues de
Vaumas - le Producteur - lors de nos très nombreux déplacements. Je suis
convaincu que ces liens que nous avons pu ainsi établir, tant avec les
exploitants qu'avec les spectateurs est, aujourd'hui, comme un capital. Le
cinéma est un regard sur " l'humain " et il faut de
" l'humain " pour le défendre. Il est intéressant de constater que le
sens commercial passe aussi par cela. En créant de l'attachement, en
personnalisant les rencontres, en considérant les spectateurs par notre
présence, nous avons pu acquérir des bases de travail durables avec des réseaux
qui soutiennent notre démarche. Il nous reste maintenant à entretenir le
développement de tout ce " relationnel " en donnant à voir d'autres
films, d'autres univers qui correspondent à nos convictions.
Enfin,
je travaille actuellement sur la conception du DVD de D'Une Seule Voix qui sortira prochainement. Je vous promets sur ce DVD des
compléments vidéos qui vous surprendront autant qu'ils amèneront une
compréhension encore plus approfondie du film. Il y aura de nouvelles
interviews, des scènes de coulisses inédites, des ambiances captées en Israël
et dans les Territoires palestiniens lors du tournage et surtout un document
qui vous montrera comment les musiciens ont vécu la suite de la tournée… Des
découvertes à ne pas rater afin de poursuivre l'aventure D'une Seule Voix, du moins pour ceux qui l'ont aimée !
Et
enfin, je conclue cette note comme je l'ai commencée : en vous remerciant tous
très profondément et très chaleureusement pour nous avoir suivis et encouragés
dans cette magnifique aventure.
Soumis par Xavier de Lauzanne le ven, 05/03/2010 - 12:27
Il y a quelques temps, l’association AFPS (Association France-Palestine Solidarité) reprenait, pour annoncer le film « D’une seule voix » sur leur site Internet, un article publié sur le blog du Monde, d’une naïveté et d’un niveau de réflexion particulièrement déconcertant. Comme droit de réponse je leur avais demandé de poster l’interview de Stéphane Hessel, connu pour être un grand défenseur de la cause palestinienne, à propos du film. Ils l’ont fait… mais en rajoutant une lettre qu’une de leur militante m’avait adressée qui est, une fois de plus, une analyse simpliste et trompeuse du film (http://www.france-palestine.org/article14073.html). Venant de l’AFPS, publier des réactions sur le film d’un tel niveau me choque, non pas parce que c'est une opinion contraire (un bon film se nourrit du débat qu’il engage !) mais parce que celles que publie l'AFPS, en ne dissociant pas le gouvernement des individus, en ne faisant pas la part des choses entre les différentes formes de mobilisations qui existent pour faire évoluer les consciences (il n’y a pas que la militante !!), et en ne sachant pas décrypter un film comme celui-ci, creusent le sillon d’une propagande couramment utilisée par les artisans de la guerre qui consiste à frapper d’anathème l’« ennemi » pour défendre ses positions. Si je publie à mon tour cette réponse, ce n’est pas par aigreur mais parce que je combats précisément ce manichéisme, cette stigmatisation, cette idéologie sournoise et dangereuse que certain membres de l’AFPS, comme d’autres organisations pro-palestiniennes, dans leurs crédulité, renforcent.
Soumis par Xavier de Lauzanne le ven, 06/11/2009 - 16:33
Il y a quelques jours, une journaliste de Studio ciné live m’a appelé au téléphone pour me poser des questions sur le genre documentaire. Questions bien embarrassantes car si je sais réaliser des films, je ne suis pas un bon théoricien. Par contre je sais expliquer mes choix et la conversation est devenue intéressante lorsque nous avons abordé l’aspect « impartial » de mon film. En effet, les questions sur ce sujet que l’on peut se poser sont : le film est-il objectivement impartial ? Travailler sur l’impartialité, cela veut-il dire être neutre ?
Soumis par Xavier de Lauzanne le jeu, 22/10/2009 - 17:55
Bonjour,
Je reviens tout juste d’un nouveau concert « D’une seule voix » qui s’est déroulé à Chypre, à Limassol. Au-delà du plaisir toujours intense de tous se retrouver et de voir des liens d’amitié se forger, se renforcer, l’ambiance n’était pas tout à fait la même qu’au concert précédent qui avait eu lieu à Malte.
Petit rappel : le 26 février dernier, 35 des musiciens se sont retrouvés à La Valette à Malte pour un concert exceptionnel. Ils ne s’étaient pas revus depuis la tournée française, soit un peu moins de trois ans. Et nous étions seulement six semaines après la fin des bombardements de Gaza… Tous ont hésité de venir. Tous sont venus. Atef, le chef de l’Ensemble musical de Palestine, est sorti de Gaza avec son fils, tous deux profondément heurtés par ce qu’ils venaient de vivre. Mais heureux de retrouver leurs amis de la tournée. Des amis israéliens qui leurs téléphonaient lors des bombardements…
Soumis par Xavier de Lauzanne le lun, 07/09/2009 - 10:17
Bonjour,
Dans la triste actualité israélo-palestinienne, je viens de tomber sur une image : celle d'agriculteurs arabes aux abords de Gaza qui ne peuvent plus, à cause du mur, aller cultiver librement leurs terres. Un certain nombre d'entre eux s'en sont pris aux soldats israéliens en leur jetant des pierres ; leur situation est devenue invivable, inacceptable. Ces gens-là peuvent-il accepter l'idée qu'un film parle d'une expérience commune entre Israéliens et Palestiniens à travers la musique ? Face aux horreurs de ce conflit, aux gens qui perdent tout, le film n'est-il pas déplacé et naïf ?
En France, notamment parmi ceux qui se rangent aux côtés des Palestiniens pour dénoncer l'oppression israélienne, certains l'affirmeront. Pourtant, contre toute attente, quand vous interrogez les gens à Gaza, la plupart d'entre eux ne cultive pas d'animosité frontale à l'encontre des Israéliens. Le problème c'est qu'ils le disent uniquement à l'abri des regards... La propagande, "sécuritaire" en Israël et "religieuse" en Palestine, emprisonne dans le non-sens et redéfinit à sa manière la norme du politiquement correct.
Atef, le Chef de l'Ensemble musical de Palestine dans le film, a le courage de clamer haut et fort que le dialogue est une urgence. Sans dialogue, il ne reste que la souffrance. La rencontre est la seule voie vers la paix ; le déni de "l'autre", celle de la violence. Le choix est binaire. Il faut donc que les mentalités changent et ce n'est pas la politique qui le permettra ; la politique intervenant en aval pour sceller le changement voulu en amont par la société civile.
C'est donc ce que propose le film : la rencontre qui ne peut exister pour le moment sur le terrain peut se faire sur scène comme une expérimentation du possible, comme un travail de la conscience. Ceux qui trouvent l'entreprise "D'Une Seule Voix" naïve ne comprennent pas qu'il s'agit d'une première étape vers la paix et non de la paix elle-même. Ils deviennent eux-mêmes naïfs de n'y voir là aucune subversion. Car cela gêne trop le monde de proposer une vision des choses qui demande tant d'efforts de la part des victimes et qui, surtout, nuit aux intérêts de ceux qui s'installent dans le confort idéologique de la guerre.
La paix ne pourra jamais se satisfaire de l'attentisme, ni du cynisme. Si, dans un premier temps, nous n'acceptons pas de la faire exister par l'utopie alors nous ne pouvons prétendre en être l'ouvrier.
C'est la valeur universelle que le film sous-tend, bien au-delà du conflit israélo-palestinien.
Soumis par Xavier de Lauzanne le lun, 24/08/2009 - 17:46
Bonjour,
Vendredi dernier, je suis allé faire une projection du film en avant-première dans un village de la Creuse. J’étais heureux de constater l’intérêt et l’émotion que les gens ont pu ressentir pendant la séance, même s’ils étaient loin, au premier abord, d’en maîtriser le sujet.
J’ai déjà assisté à un certain nombre de projections-débat dans des moyennes et petite villes en région. Les avis des gens qui se déplacent sont concordants : ils sont secoués par l’émotion que le film dégage, par les valeurs universelles qu’il met en avant. Alors évidemment, même si je sais bien qu’un film ne fait jamais l’unanimité, cela m’encourage beaucoup. Car je ne l’ai pas fait pour nos « grands penseurs » mais pour ceux qui, souvent, vivent la différence comme une difficulté. Parce qu’ils sont en banlieue au milieu de nombreux problèmes communautaires, parce qu’ils on été éduqués dans l’appréhension de l’autre, parce qu’ils s’ouvrent uniquement à des médias grand public dont les archétypes entretiennent la pauvreté intellectuelle… Face à cela, ce film est une alternative qui valorise la personne qui le regarde.
Certains critiques lui reprochent de n’avoir pas une forme suffisamment originale d’un point de vue cinématographique. Je comprends cet argument venant de passionnés de cinéma. Mais dans la tradition populaire, qu’est-ce qu’un bon film véritablement ? Pour moi c’est une question de cohérence. Dieu merci, au cinéma, en dehors de la technique, il y a peu de règles. Seulement, quelle que soit l’originalité de son sujet, il faut que le choix de la forme par rapport au fond soit juste. Sur ce sujet, la spontanéité des situations et l’authenticité qui pouvait s’en dégager était, à mon sens, plus porteurs de vérité qu’une mise en forme appuyée.
Alors que les choses soient dites : à travers ce film, je ne m’adresse pas particulièrement à un public de cinéphiles. Certains l’aimeront beaucoup, d’autres moins. Peu importe. Je m’adresse plus spécifiquement à ceux qui seront sensibles à cette recherche « d’humanité » qui m’a guidé tout au long de la réalisation, et qui est aujourd’hui une urgence. Cela concerne en majeur partie des personnes, des jeunes notamment, qui n’ont pas nécessairement l’habitude d’aller voir un film documentaire au cinéma. Si ce film est suffisamment à leur portée et qu'il répond à un désir enfoui de dépassement de soi-même, dans sa vie personnelle comme dans ses goûts cinématographiques, alors j’aurais l’impression d’avoir accompli une belle œuvre. Pour les autres, je suis fier de leur faire découvrir une expérience qui a été menée en France et qui est unique.
A bientôt pour une nouvelle note sur la réalisation du film.